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Trois pays, une philosophie : Pep Muñoz évoque le football, la culture et l’identité

Entretien avec l'entraîneur globe-trotter Pep Muñoz sur son passage à La Masia et ses expériences en Chine et au Cambodge.

De l’Espagne à la Chine, au Cambodge et au-delà, Pep Muñoz a bâti une riche carrière d’entraîneur à travers plusieurs pays et à tous les niveaux, des jeunes aux seniors jusqu’à l’international.

L'entraîneur espagnol a fait partie du système de formation de la célèbre académie La Masia du FC Barcelone, où il a remporté plusieurs titres et eu l'occasion de travailler avec des joueurs reconnus comme Grimaldo et Adama Traoré, tout en participant à leur développement. Muñoz a également fait partie de la soi-disant « période dorée » du football chinois, marquée par des investissements massifs et l'arrivée de grandes stars internationales. Lors de son passage en Chine, il a eu l'occasion d'entraîner deux grands noms, Marouane Fellaini et Graziano Pellè, au Shandong Taishan. En outre, Muñoz a occupé le poste d'entraîneur adjoint de l'équipe nationale chinoise.

Dans un entretien accordé à Urban Pitch, Muñoz est revenu sur son parcours dans le football, évoquant son passage à La Masia, le développement des jeunes joueurs, les années fastes du football chinois et son adaptation à différentes cultures et coutumes.

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Photo par Jasper Juinen/Getty Images

Urban Pitch : Vous avez passé plusieurs années à La Masia. Quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit lorsque vous pensez à l’académie ?

Pep Muñoz : Les valeurs que l’on y apprend en tant qu’être humain, comme le respect, l’humilité, la force, l’ambition et l’esprit d’équipe.

Qu’est-ce qui rend La Masia si spéciale par rapport aux autres centres de formation dans le monde ?

Le style de jeu, l’amour du jeu, l’amour du ballon, et la manière dont tout le monde comprend comment nous voulons jouer au football.

Vous avez travaillé avec des joueurs comme Grimaldo et Adama Traoré. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans leur personnalité ou leur éthique de travail à un jeune âge ?

C’étaient de jeunes garçons talentueux et attachants de 16 ans, animés par l’ambition et la détermination de progresser chaque jour et de tirer le maximum de l’entraînement. C’est ce qui les a poussés à grandir à La Masia et à avoir l’opportunité de devenir footballeurs professionnels en dehors de l’environnement du Barça.

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Vous avez connu le football chinois à son apogée en matière d’investissements. Dans quel environnement évoluait-on à cette époque ?

À cette époque, ils pensaient pouvoir tout acheter avec de l’argent, dans une sorte de compétition entre les dirigeants des clubs. Les investissements visaient uniquement à gagner tout de suite, à obtenir un succès rapide. Ils ne pensaient pas à l’avenir ; la croissance n’était pas bien structurée. Il n’y avait ni règles financières ni plafond salarial. Et au final, il est impossible de maintenir cela sur la durée.

Comment les joueurs chinois ont-ils réagi à l'arrivée de grandes stars étrangères et d'entraîneurs de haut niveau ?

Ils ont compris que les étrangers pouvaient contribuer à améliorer le championnat, à les faire progresser comme footballeurs et, bien sûr, à leur permettre d’obtenir de meilleurs salaires. Je pense que l’un des aspects positifs a été la mise en place de routines professionnelles dans tous les clubs et l’investissement dans les infrastructures des clubs.

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Photo de Chung Sung-Jun/Getty Images

Comment était-ce de travailler en Chine avec de grands professionnels comme Marouane Fellaini et Graziano Pellè ?

2019 a été une magnifique saison à Shandong. Fellaini et moi sommes arrivés au club en même temps. Pellè était aussi là. C’étaient deux « monstres » : de grands gabarits, très, très professionnels sur le terrain comme en dehors, et de véritables leaders suivis par les supporters locaux.

Selon vous, pourquoi les énormes investissements financiers dans le football chinois ont-ils finalement échoué ?

Comme je l’ai dit, cela vient du passé, à une époque où rien n’était structuré et où tout ressemblait à une course à l’investissement pour gagner. Quand les plafonds salariaux ont été instaurés, tout a changé et, dans le même temps, certains des plus grands clubs, dirigés par des responsables issus d’entreprises privées, ont échoué parce que ces entreprises ont elles aussi fait faillite.

Malgré les revers, quels éléments positifs pensez-vous que le football chinois possède encore aujourd’hui ?

Ils ont une population immense, beaucoup de footballeurs et une vraie qualité à tous les postes. Pour moi, la clé, c’est la responsabilité individuelle, le fait de progresser chaque jour. L’industrie du football en Chine garantit de bons salaires aux joueurs et leur permet d’évoluer facilement dans l’élite. Même en deuxième division, les salaires sont bons. Ils n’ont pas l’ambition de jouer à l’étranger. Ils n’en ont pas besoin.

Comment décririez-vous les supporters chinois, leur passion, leurs attentes et leur relation avec le football ?

Ils sont vraiment passionnés par l’équipe qu’ils suivent. Parfois, ils se concentrent seulement sur le score et n’ont pas une vision approfondie du travail effectué derrière une équipe, mais ce sont des supporters très engagés, et c’est un plaisir de voir des stades pleins chaque week-end.

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Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans la culture du football en Chine ?

Le niveau s’est surtout amélioré au fil des années. Les stades sont meilleurs, les infrastructures aussi, tout comme les joueurs et les entraîneurs locaux.

La Chine peut-elle encore bâtir un projet footballistique durable et réussi à l’avenir ? Qu’est-ce qui doit changer en premier ?

Ce n’est pas une question facile. Je suis optimiste à ce sujet, mais ils doivent mettre en place un plan structuré à moyen et long terme et faire preuve de clarté dans leur message aux supporters, en particulier concernant l’équipe nationale. Ils doivent aussi continuer à faire confiance à des étrangers pour les aider à développer le football dans le pays.

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Photo de Lintao Zhang/Getty Images

Comment décririez-vous votre passage avec l'équipe nationale de Chine ?

C’était une période difficile, mais aussi agréable à sa manière. Nous étions en pleine période du COVID, et les joueurs n’étaient pas dans leur meilleure forme. Le championnat se jouait dans des bulles sanitaires, avec moins d’intensité et de compétitivité, ce qui a directement affecté l’équipe nationale. Dans le même temps, nous disputions des matches de qualification pour la Coupe du monde au Qatar. Malgré cela, ce fut pour moi une expérience exceptionnelle de travailler avec les meilleurs joueurs chinois, dont certains arrivaient en fin de carrière, ainsi qu’avec d’anciennes légendes de la sélection comme entraîneurs. Je garde d’excellents souvenirs de mon passage aux côtés du sélectionneur Li Xiaopeng et du reste du staff. Des souvenirs et des amitiés pour toute la vie.

En sélection, avec un temps d’entraînement limité, comment créer une identité et une cohésion ?

C’est un processus, et il faut l’expliquer ainsi aux supporters. Les fédérations de football doivent avoir une vision claire de la manière dont elles veulent jouer en fonction du profil local des joueurs, puis choisir l’entraîneur et le laisser travailler. Patience, constance et travail.

Quels sont les principaux défis lorsque des joueurs viennent de clubs, de cultures et de méthodes d'entraînement différents ?

Le point essentiel, c’est le choix des joueurs : la manière d’effectuer le recrutement et le type de profil nécessaire pour jouer comme on le souhaite. Si l’on est précis à ce stade, la moitié du travail est déjà faite. Le langage du football est universel, donc si la sélection des joueurs est juste, tout devient plus facile.

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Le Cambodge offre un environnement footballistique très particulier. Qu’est-ce qui vous a motivé à y travailler ?

J’ai trouvé un club bien structuré, avec un directeur sportif étranger capable de comprendre mes exigences professionnelles. J’ai senti que je pouvais exprimer mon idée du football en tant qu’entraîneur, avec liberté et soutien. Nous avons progressé ensemble grâce au travail et avons placé Svay Rieng parmi les meilleurs clubs d’Asie du Sud-Est. Je dois dire que le niveau du championnat est vraiment compétitif, et beaucoup seraient surpris de voir ce que les équipes cambodgiennes peuvent faire à l’extérieur face à des clubs de pays aux budgets énormes.

Comment décririez-vous le niveau de talent et de passion des jeunes joueurs cambodgiens ?

Les Cambodgiens sont chaleureux, aimables et pleins de joie. Ils aiment la vie et savent en profiter avec peu. J’ai beaucoup appris à leur contact. Cela se retrouve aussi dans le football : ils jouent comme dans la rue, ce qui rend l’entraînement plus simple et maintient une atmosphère positive.

Quelles ont été les plus grandes différences culturelles que vous avez rencontrées sur le terrain et en dehors ?

Je dirais que ce sont les routines professionnelles. En matière de mode de vie, de nutrition et de choses comme ça, il faut faire preuve de souplesse et accepter leur culture et leurs habitudes. Nous devons comprendre leur culture et être capables d’adapter ce que nous pouvons, car c’est nous qui sommes les étrangers.

Après avoir travaillé en Espagne, en Chine et au Cambodge, qu’est-ce que ces cultures vous ont appris en tant qu’entraîneur et en tant que personne ?

En tant qu'entraîneur, j'ai été agréablement surpris par le niveau du football cambodgien. En Chine, ils ont tout pour construire une histoire dans le football. Les deux cultures sont remarquables. En Chine, les gens travaillent toute la journée pour réussir dans les affaires. Au Cambodge, ils sont gentils et généreux même lorsqu'ils n'ont pas grand-chose à vous offrir.

Quelle est la leçon la plus importante que vous avez apprise jusqu’à présent dans votre carrière d’entraîneur ?

Je dirais que derrière le footballeur, il y a une personne, quelqu’un qu’il faut connaître aussi bien que possible. Comprendre ses sentiments et ses problèmes vous aidera à mieux l’encadrer et à obtenir ses meilleures performances.

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